Peut-on avoir confiance dans l'étiquette énergie ?

Le retentissant scandale Volkswagen et les soupçons de fraudes aux tests anti-pollution par d’autres fabricants automobiles mettent à mal la confiance que l’on peut accorder aux déclarations des industriels.

On est en droit de se demander si des tricheries du même type ne seraient pas pratiquées dans d’autres domaines, par exemple celui de la performance énergétique des appareils électroménagers. Lorsque la fameuse étiquette énergie nous dit que tel modèle est de classe A+++, peut-on le croire les yeux fermés ?

L’étiquette énergie, instaurée par l’Union européenne dans les années 90 et étendue à de très nombreux produits, est basée sur l’auto-déclaration. C’est-à-dire que les fabricants fournissent eux-mêmes les étiquettes énergie qui seront affichées en magasins sur leurs produits. Ils sont tenus de les remplir honnêtement en suivant des normes de mesure et de déclaration précises.

 

Dans un article à paraître sur ConsoGlobe, Sophie Attali, responsable de Guide Topten, répond à 3 questions essentielles pour le consommateur.

Les étiquettes énergie sont-elles contrôlées et par qui ?

Les pouvoirs publics ont la responsabilité d’effectuer des contrôles réguliers des déclarations des fabricants. Mais jusqu’à récemment, il faut avouer que c’était peu le cas, notamment en France. L’efficacité énergétique n’était pas considérée comme prioritaire par rapport à la sécurité des produits par exemple.

Il y avait donc urgence à exercer plus de pression pour s’assurer que les fabricants font des déclarations correctes et les magasins affichent les étiquettes comme il faut.

Heureusement, les choses bougent un peu. Il y a plus de coopération entre pays européens pour tester des produits et mutualiser les coûts, et plusieurs campagnes de vérification ont été menées récemment (sur les frigos, les lave-linge, les télés…).

On peut citer le projet MarketWatch mené par une coalition d’associations environnementales et de consommateurs qui a testé des produits et vérifié la présence des étiquettes énergie dans de nombreux magasins ces trois dernières années.

 

Alors, qu’en est-il de l’honnêteté des performances déclarées sur les étiquettes énergie ?

Les opérations de contrôle menées jusqu’à présent en Europe n’ont pas révélé de gros scandales du type Volkswagen. Mais il arrive quand même que des étiquettes soient fausses, au niveau de la classe énergétique ou d’autres informations, ou que des fabricants abusent des tolérances autorisées pour gonfler leurs déclarations (ce qui a été constaté pour certaines ampoules).

Il est difficile de chiffrer le taux d’étiquettes non conformes car les échantillons contrôlés ne sont pas forcément représentatifs de l’ensemble du marché. On peut quand même être rassurés : la majorité des cas de non-conformité portent sur des aspects secondaires et ne relèvent pas forcément de fraudes délibérées. Une illustration : une série de tests sur les téléviseurs a identifié 8% de non-conformités techniques avérées portant sur la luminosité durant les tests ou la mise en veille automatique, mais pas sur la classe énergétique.

Ceci dit, pour que l’étiquette joue son rôle il ne faut pas seulement que les déclarations soient honnêtes, mais aussi que les étiquettes soient bien mises à la disposition des consommateurs dans les magasins. Là, il y a encore beaucoup de progrès à faire pour certains produits : trop de télés, de climatiseurs ou de fours ne sont pas étiquetés du tout. Impossible alors pour le consommateur de comparer ! Et c’est encore pire pour les magasins en ligne : on peut estimer que de l’ordre de 20% des appareils vendus sur internet ne sont pas accompagnés de l’étiquette énergie (pourtant obligatoire).

 

Admettons que la plupart des déclarations des fabricants soient fiables. Les informations fournies sur l’étiquette sont-elles pour autant représentatives de l’usage réel des appareils ?

Pour que les étiquettes soient sans ambiguïtés et comparables, il faut que les appareils soient mesurés dans des conditions très précises et normalisées. Ces conditions ne prennent pas en compte toutes les configurations et tous les types d’usage possibles. Il faut donc garder à l’esprit que la consommation d’énergie mentionnée sur l’étiquette est une indication car elle a été mesurée dans des conditions particulières. Une personne peut utiliser son appareil plus ou moins intensivement, il y a des variations d’usage importantes.

Les organismes qui définissent les normes de mesure essayent de se caler le plus possible sur un comportement ‘moyen’, et la bonne nouvelle c’est que les normes font des progrès (certes insuffisants car c’est un processus très lent). Par exemple, les lave-linge n’étaient avant 2011 mesurés que sur un programme à 60°C pleine charge, maintenant c’est sur un mix de programmes à différentes températures et charges, plus représentatif de la manière dont nous utilisons réellement cet appareil.

 

En conclusion, vous continuez à faire confiance à l’étiquette énergie pour nous donner une information fiable…

Malgré les critiques qu’on peut lui adresser, l’étiquette énergie reste un outil très important pour informer les consommateurs et pousser les fabricants à proposer des produits plus efficaces en énergie. Il suffit de regarder l’impact des dernières étiquettes introduites : celle sur les télés s’est accompagnée d’une baisse de l’ordre de 30% de la consommation moyenne des modèles vendus en deux ans. Un progrès du même ordre a été constaté sur les aspirateurs en un an ! Les consommateurs ont donc accès à des appareils vraiment plus efficaces.

Prenons donc le temps de bien comprendre et regarder les étiquettes énergie avant de faire nos achats, voire même en cas de doute à creuser les informations auprès des distributeurs ou sur internet. Un appareil électroménager nous suivra pendant 10 à 15 ans, cela mérite bien qu’on prenne quelques minutes pour s’assurer de faire un bon choix.

 

Crédit image : Shawnhempel / 123RF Banque d'images

(03/05/2016)